Published On: mer, Août 2nd, 2017

Projection de Les derniers jours de la ville : Le Caire ne croit pas au silence

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Jamais Le Caire n’a été montré de cette manière dans un film égyptien ! Akher ayam al madina (Les derniers jours de la ville), projeté vendredi soir à la salle Maghreb, à Oran, à la faveur de la compétition officielle du 10e Festival international d’Oran du film arabe (Fiofa), plonge dans la capitale égyptienne pour montrer ses ruelles, ses terrasses, ses artères encombrées, ses boutiques, ses immeubles, son anarchie urbaine, ses foules, ses bruits, ses fantasmes, ses manifestations, ses cris. La caméra de Tamer Al Saïd ne recule devant rien.

Elle avance, monte, saute, descend, observe… Khaled (Khalid Abdalla) a une seule idée en tête : filmer la ville. Il vient de perdre son père et sa mère est hospitalisée. Son amie Leïla (Leïla Samy) s’apprête à quitter le pays. Leur relation s’est refroidie bien avant le grand départ. Khaled est en contact avec ses amis installés à Baghdad et à Beyrouth. Il éprouve des difficultés à trouver un appartement au Caire où le loyer est très cher. Khaled est en train de perdre tout ce qu’il aime.

Caméra en main, il passe son temps à sillonner jour et nuit la ville pour évacuer son spleen. Et, lorsqu’il se fatigue, il regarde la cité d’en haut à partir d’une chambre où il fait le montage de son film. Sa caméra capte les images des premières manifestations du mouvement d’opposition «Kifaya» qui allaient accélérer la chute du régime de Hosni Moubarek. Khaled assiste désarmé à une scène de tabassage d’un jeune manifestant par des policiers en civil. La répression nourrit le mécontentement. Plus loin, son regard se porte sur la misère visible dans les rues du Caire.

Il suit ensuite une scène de liesse populaire après la victoire de l’Egypte contre l’Algérie en Coupe d’Afrique des nations. Le football est un excellent calmant collectif ! Mélancolique, Khaled ne rompt pas le contact avec son ami installé à Beyrouth qui lui parle de pluie et qui évoque «la guerre civile», toujours présente dans la mémoire des Libanais. La violence rattrape son autre ami qui vit à Baghdad, la ville qui ne cesse de compter ses morts. L’actualité du monde arabe défile le long du film à travers les journaux de la radio. Une radio qui évoque les «grandes réalisations» de Hosni Moubarek et ses déclarations politiques sur «la paix au Moyen-Orient».

L’histoire du film commence en décembre 2009, une année avant le début du soulèvement populaire au Caire. Tourné avant la révolte du 25 janvier 2011 et monté pendant et après le grand bouleversement, le film porte évidemment les traces de la grande colère populaire. Le directeur de la photo, le Libanais Bassem Fayad, semble avoir bien compris le souci du réalisateur de montrer Le Caire avec un triple sentiment, l’amour, la colère et la tristesse. Les prises de vue sont parfois chahutées et confuses. Khaled est dans cet état d’esprit. Il ne sait pas s’il doit aimer ou détester Le Caire, la ville de son enfance qu’il ne reconnaît presque plus. «Khaled, comment tu peux entendre le silence dans le tumulte du Caire?», lui demande un ami. Le jeune réalisateur est souvent silencieux. Tout est concentré dans son regard. D’où les plans serrés sur le visage.

Il y a quelque chose d’insaisissable dans Les derniers jours de la ville. Tamer Al Saïd, qui a tourné son film pendant trois hivers, a voulu évoquer la grande ville pour montrer les drames d’un pays, où les rêves sont brisés et l’attente se fait douloureuse. Il y a de la fiction, bien entendu, mais beaucoup de réel. Le mélange est intelligent et inquiétant à la fois. Les images prennent parfois des couleurs de flammes, comme pour annoncer le crépscule d’un certain idéal. Là, on se rappelle la scène de la mère souffrante de Khaled qui symbolise la mère patrie. Khaled vient souvent à son chevet pour y déposer une fleur blanche. Le réalisateur a joué, avec finesse, sur la symbolique de la fleur blanche. Une fleur qui revient dans certaines scènes. La pureté est-elle possible ? La fidélité est-elle remise en cause? Les derniers jours de la ville est, sans doute, parmi les films égyptiens les plus expressifs et les plus intelligents produits ces derniers années, avec un esprit contemporain et un sens artistique aigu. Khaled a le regard de Tamer Al Saïd et ce dernier voit par les yeux de Khaled. Les images ressemblent parfois à celles d’un journal intime.

Des images qui passent de la table de montage de Khaled au grand écran, amenant le spectateur à devenir de plus en plus curieux et à s’impliquer davantage pour toucher du doigt la tourmente du réalisateur. Les derniers jours de la ville n’a pas été retenu par le dernier Festival international du cinéma du Caire. Aucune salle n’a accepté de projeter le film en Egypte. Officiellement, le premier long métrage de Tamer Al Saïd n’est pas censuré. Mais, il ne peut pas être diffusé ! Une situation que même les critiques égyptiens, présents ici à Oran, n’arrivent pas à comprendre. Ailleurs dans le monde, le film a eu des prix.
 

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