Published On: mer, Août 2nd, 2017

Le Liban en jeu de poker

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Le film est raconté par chapitres, comme dans un polar. Le Français Henri Bargès a choisi la comédie noire pour filmer une curieuse histoire dans Nuts ou  Waraqa beïda, long métrage en compétition officielle au 10e Festival international d’Oran du film arabe (Fiofa).
Ecrasées par l’ennui et le manque d’émotions fortes, Lana (Darine Hamzé) s’adonne au jeu de poker et Jenny (Alexandra Kahwagi) collectionne les amants pour combler «le manque» d’amour. Les deux femmes cherchent la liberté dans une société qui enchaîne. Les sensations fortes sont-elles «un remède» contre le spleen? Lana et Jenny, sortes de Telma et Louise moins rebelles, sont emportées par leur fausse naïveté.

Elle vont vite l’apprendre dans un univers masculin impitoyable. Les deux femmes vont croiser des personnages louches. Il y a Quassem (Gabriel Yammine), chef de bande violent, qui mène sa troupe par le bout du nez et qui se trouve presque désarmé devant ses deux épouses en hidjab, deux femmes capricieuses et jalouses. Il y a ensuite Wael (Edmund Hedded), un assassin rusé, et Rabih (Hassan Mrad), le bookmaker sans foi ni loi.

Entre les hommes, il y a des histoirs d’argent, beaucoup d’argent, qui se terminent souvent mal. Dans cet univers, il n’y a plus de règles, tous les coups sont permis. C’est là qu’apparaissent les traces de la guerre civile et les drames qu’elle a fait naître. Quassem coupe une oreille à ses adversaires et promet de couper les attributs masculins de Wael. Justement, les testicules de Wael deviennent un sujet de discussions de Lana, Jenny et leurs copines.

Le titre du film, assez étrange, est vaguement inspiré des boules cachées. Le film est rythmé et nerveux. Les dialogues sont denses, parfois rapides. Les scènes se succèdent dans une démarche cinématographique proche de celle de Scorsese ou Tarentino. L’atmosphère des bars, des casinos et des dancings est là avec ses couleurs, ses sons et ses sensations. Il y a la mafia et ses rites. Et, il y a le monde de la nuit. Les comédiens semblent se plaire dans un jeu qui échappe quelque peu aux règles habituelles. Darine Hamzé a dû consulter un psychiatre pour savoir pourquoi les joueurs de poker ont de l’addiction pour les cartes. «Le Liban lui-même est devenu un jeu de poker. On ne sait pas de quoi sera fait demain.

Lana et Jenny font partie de la génération perdue de l’après-guerre. Nous ne voulons plus revenir au passé. Un passé porteur de mort », a souligné Darine Hamzé, présente à Oran, appelant les Libanais à «vivre l’instant». Pour structurer sa narration, le réalisateur a choisi la technique des chapitres. Chaque chapitre porte un titre ou une petite réflexion. Cela perturbe parfois le spectateur, amené à choisir «une seule» voie, ou à adhérer à une version rigide de la vérité.

«Les chapitres me permettent de faire des raccourcis et d’avancer dans l’histoire. Je fais des films plutôt rapides. Les gens se sentent un peu perdus au début, mais après ils adhèrent à l’histoire», a tenté de justifier Henri Bargès, lors du débat après la projection. Il a revendiqué «un film féministe», mais pas dans le sens militant. Ecrit par Tania Sikias, le film Nuts, qui puise dans la matière instable de la provocation, a un arrière-fond politique et suggère qu’en plus de l’absence de morale, il y a, au Liban, des comportements et des pratiques qui sont la conséquence inévitable de plusieurs années de violence, de contre-violence, de manipulations et de brutalités. Henri Bargès a refusé de parler de «film politique». «C’est un film qui reflète une certaine réalité, mais qui est mondiale. Il n’y a plus de règles et de morale. Nous ne voulions pas revenir à la guerre civile libanaise, mais ses souvenirs sont toujours vivaces. La génération de Darine Hamzé ne veut plus entendre parler de la guerre. Notre souci avec le scénariste était de faire un film d’amusement moderne», a-t-il souligné. Les critiques libanais ont attaqué le film, lui trouvant des côtés vulgaires. «Les Libanais aiment beaucoup leur pays. Ils s’attendaient à voir une carte postale du Liban.

Dire qu’il n’y a pas de méchants, de drogues ou de violence au Liban, c’est un mensonge», a souligné Henri Bargès. Darine Hamzé s’est dite émerveillée par l’adhésion du public oranais au film. «J’ai beaucoup apprécié la réaction des spectateurs. Je pensais que les choses allaient être plus compliquées. Mais, je découvre un public cultivé, qui a su bien lire le film, mieux qu’à Dubaï ou ailleurs. Il y a une culture et une profondeur de vue. Les Algériens ont bien compris ce qui se passe dans la société libanaise d’après-guerre», a relevé l’actrice libanaise. Elle a reproché à la presse de son pays de ne vouloir voir que «ce qui est beau». «Elle ne veut pas voir la destruction et les mochetés. Certains ne veulent pas reconnaître leurs faiblesses», a-t-il conclu.
 

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