Published On: mer, Août 2nd, 2017

L’Algérie et les fantômes du passé

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En attendant les hirondelles, le premier long métrage de Karim Moussaoui, a été projeté en avant-première algérienne à la faveur de la compétition officielle au 10e Festival international d’Oran du film arabe (Fiofa) qui se déroule jusqu’au lundi 31 juillet.
La caméra de Karim Moussaoui sillonne les territoires dans son premier long métrage  En attendant les hirondelles, projeté, mercredi soir, en avant-première nationale au 10e Festival international d’Oran du film arabe (Fiofa), à la salle Maghreb. Une caméra qui dévoile des saletés, des maisons inachevées, des villages désertiques, des espaces déshumanisés, des chantiers à l’abandon et des routes qui font peur.

Le road movie est donc choisi par le jeune cinéaste pour dérouler le fil d’une histoire à trois récits qui se croisent parfois. Trois personnages qui sont dans le questionnement et dans le doute. Il y a d’abord Mourad (Mohamed Djouhri), un promotteur immobilier, qui roule dans la nuit avant de tomber en panne quelque part, pour assister à une scène d’agression d’un homme.

Mais il n’a pas le courage d’appeler la police. Lâcheté assumée ? Mourad visite Lila (Sonia Mekkiou), son ex-épouse, pour constater que son fils Nassim ne veut plus poursuivre ses études en médecine. Pour quelle raison ? Le jeune garçon ne le dit pas. Il a juste «pas envie» de faire carrière en médecine. La deuxième femme du promoteur, une Française, ne veut pas rester en Algérie où «il ne se passe rien», selon elle. C’est presque ce que dit la première épouse en lisant la presse ! Et Mourad, pourtant riche et comblé, ne sait plus quoi faire de sa vie.

Sur la route de Biskra

Djallil (Mehdi Ramdani), employé du promotteur, demande quelques jours pour aller à Biskra conduire un voisin (Chawki Amari) avec ses deux filles. L’une d’elles, Aïcha (Hania Amar) va bientôt être fiancée. Elle entretenait par le passé une relation avec Djallil, pauvre mais attentionné jeune homme.

Les deux jeunes se rencontrent une nouvelle fois pour raviver péniblement l’ancienne flamme. Ils sont quelque part en Algérie, où l’on peut trouver quand même un champ de grenadiers et un café entre deux murs en ruine ! La nuit les rassemble dans un hôtel où l’on danse sur les rythmes raï ou de Raina Rai pour être précis. L’amour va-t-il être victorieux ? Aïcha, qui est plongée dans une profonde mélancolie, va-t-elle retrouver le sourire avec sa «nouvelle vie » ? Ou aura-t-elle une double vie ?

Karim Moussaoui abandonne Aïcha en pleine route pour se tourner vers Dahmane (Hassan Kechache), neurologue qui ne semble pas prendre goût à la vie, mais espère qu’avec le mariage avec sa cousine du village (bien entendu !), il va trouver sens à son existence. Mais voilà qu’un ami lui apprend qu’une femme, habitant un bidonville, dit qu’il est cité parmi les «violeurs du maquis». La femme (Nadia Kaci) a été enlevée par les terroristes et soumise à un viol collectif dans les années 1990 (une thématique toujours ignorée par le cinéma algérien).

Dahmane avait été emmené de force au maquis pour soigner les terroristes. Affolé, Dahmane tente de dissuader la femme d’abandonner ses acccusations. Un long dialogue s’engage dans une baraque entre les deux personnes qui vivent avec les fantômes du passé. Un dialogue entrecoupé par les petits cris d’un enfant autiste. Donc, rien ne va plus dans ces territoires. Le voyage qu’offre Karim Moussaoui dans l’Algérie d’aujourd’hui traverse également les âmes presque perdues et dévoile des incertitudes pesantes.

La fin du long métrage suggère que ces récits continuent à l’infini dans un pays qui attend probablement le retour des hirondelles comme chaque printemps. Cette belle saison désormais liée à des bouleversements politiques dans la région arabe. «J’ai commencé à écrire le scénario en 2009», se défend le metteur en scène pour éloigner toute lecture étroite du film. Un film qui porte les questionnements individuels comme des charges lourdes. Le changement doit se faire d’abord de l’intérieur, par un travail sur soi-même.

«Printemps personnel»

Les petits changements feront le grand bouleversement qui poussera la roue de l’histoire vers l’avant. Karim Moussaoui parle de «printemps personnel». «Partir ailleurs ne règle aucun problème. Mon avis est qu’on doit affronter les problèmes pour les régler sans avoir honte et dépasser les contradictions. En Algérie, nous avons de beaux paysages et nous avons des lieux mal entretenus, où l’on trouve des ordures. Il faut les montrer comme ils sont sans se comparer aux autres.

Nous devons apprendre à nous regarder», plaide-t-il. La beauté est, selon lui, dans l’œil qui regarde. Aussi, la beauté change d’un regard à un autre. Le cinéaste s’intéresse de près à ses personnages, les filme presque avec tendresse en voulant qu’ils disent tout même si les moments de silence sont longs, parfois parlants et parfois ennuyeux. La musique de Bach prend le relais pour faire contrepoint au récit du film.

Le cinéaste, qui aime «l’énergie» de la musique, a choisi une cantate où Bach évoque «l’homme comblé». Le choix réussi de la musique fait que le spectateur se trouve parfois dans des moments insaisissables devant les images qui défilent. La scène d’une troupe musicale relayée par un groupe de danseurs évoluant dans un espace ouvert et désertique souligne la petite folie artistique de Karim Moussaoui, qui a la capacité d’aller au-delà de son propre scénario (coécrit avec Maud Ameline).

Et, la chanson de Mohamed El Kamel, Zman ya zman, peut suggérer une certaine nostalgie. Le long métrage souffre de petites erreurs de script et d’un manque de cohérence entre les récits. Le cinéaste n’a pas voulu faire un film choral, préférant une autre expression pour évoquer, assez durement, l’Algérie d’aujourd’hui. «La philosophie du rien» semble s’imposer devant tant d’énergie gâchée, d’occasions perdues, d’immobilisme et d’hypocrisie sociale.

Les  décors ocre du Ghoufi, filmés avec soin par David Chambille, sont la métaphore de cette situation où la beauté des lieux (le pays par extension) est contrée par l’absence de mouvement, de vie. Djallil et Aïcha ne peuvent pas s’aimer comme ils veulent. Dahmane doit revenir au village pour se marier comme jadis.

Et Mourad n’a pas le bonheur malgré l’argent qu’il gagne. Mais qu’ont-ils donc à être si malheureux ? D’où vient ce spleen ? Karim Moussaoui, qui s’est déjà illustré avec le court métrage Les jours d’avant, n’a pas de réponse, comme tout cinéaste qui se respecte, mais offre des possibilités de réflexion. L’action peut venir des jeunes, d’où la scène des danseurs en plein désert. Et le changement est d’abord une question de volonté personnelle, de maîtrise des sentiments et… d’action.

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